Styve Morin: De Granby aux ligues majeures des Compléments
À la tête d’ATP Lab, Styve Morin mise sur la rigueur et l’innovation pour bousculer une industrie mondialisée où la confiance reste fragile.
Dans une zone industrielle tranquille de Granby, à une heure à l’est de Montréal, les locaux d’ATP Lab ne paient pas de mine. Les murs blancs et les machines impeccablement rangées évoquent davantage un laboratoire pharmaceutique qu’une entreprise de compléments alimentaires. Et c’est précisément le but. « Je n’ai pas l’impression de venir travailler le matin, confie Styve Morin. Je viens pour créer, bâtir, développer. »
À 52 ans, cet ancien joueur de football devenu industriel est en passe de se tailler une place dans l’un des marchés les plus dynamiques du moment : celui des suppléments alimentaires. Discret, peu porté sur les médias, Morin préfère laisser parler ses usines et ses chiffres. ATP Lab, la société qu’il a fondée en 2010, affiche une croissance continue dans un secteur en pleine mutation, où la confiance des consommateurs est devenue la denrée la plus rare.
Un marché mondial en pleine expansion
Le secteur des compléments alimentaires, autrefois cantonné aux rayons spécialisés des magasins de sport, est aujourd’hui un pilier de la consommation santé. Selon Grand View Research, sa valeur atteignait près de 193 milliards de dollars américains en 2024 et pourrait plus que doubler d’ici 2033. Precedence Research prévoit une trajectoire similaire, à environ 402 milliards de dollars en 2034.
Cette croissance s’explique par plusieurs tendances lourdes : la montée en puissance du bien-être comme priorité sociétale, l’essor de la nutrition personnalisée, le vieillissement des populations et l’accélération du commerce en ligne. Aux États-Unis, plus de 60 % des adultes consomment régulièrement des suppléments, un chiffre propulsé par la pandémie de Covid-19 qui a placé la prévention et l’immunité au cœur des préoccupations.
Mais ce boom a un revers : la diversité des produits, l’absence d’harmonisation des régulations et la facilité avec laquelle de nouvelles marques émergent ont créé un paysage fragmenté, où l’offre est aussi abondante qu’inégale. C’est ce vide que Styve Morin ambitionne de combler.
La rigueur comme ADN
L’histoire d’ATP Lab commence modestement, dans un garage, avec trois produits et un chiffre d’affaires de 100 000 dollars. Quinze ans plus tard, la marque est distribuée dans une soixantaine de pays, et ses compléments sont utilisés par des athlètes professionnels et des équipes de la Ligue nationale de hockey.
Ce qui distingue ATP Lab, insiste Morin, ce n’est pas le marketing, mais la fabrication. L’entreprise a investi dans sa propre usine, dotée d’une salle blanche conforme aux normes pharmaceutiques, où chaque lot est testé par des laboratoires indépendants. Si un ingrédient ou un produit final ne passe pas les critères, il est rejeté, même au prix de lourdes pertes. « La transparence est non négociable », affirme Morin.
Sur le site de l’entreprise, cette philosophie est omniprésente : formulations épurées, absence d’additifs superflus, certification systématique par des tiers. Dans un secteur souvent critiqué pour son opacité, ATP Lab se veut l’incarnation d’une rigueur industrielle appliquée à la nutrition.
Gérer l’hypercroissance
La pandémie a été un point de bascule. Alors que de nombreux secteurs souffraient de la crise, ATP Lab a vu ses ventes bondir de plus de 100 % en un an. Mais l’élan a mis en lumière une limite : la capacité de production. Pour y répondre, une seconde usine est en construction, censée multiplier la production par cinq d’ici la fin de l’année.
Cette expansion doit permettre à ATP Lab d’accélérer sa pénétration aux États-Unis et en Europe, où la concurrence est féroce mais où la demande pour des produits hautement contrôlés est en forte hausse. « Les consommateurs sont prêts à payer plus cher pour avoir la certitude de ce qu’ils consomment », analyse Morin.
Entre discrétion et ambition
Loin de se satisfaire du succès actuel, Styve Morin continue de plaider pour une régulation plus stricte de son industrie. Il souhaiterait que les fabricants de compléments soient inspectés aussi régulièrement que les laboratoires pharmaceutiques, tous les trois à six mois. « Ce serait une garantie de confiance pour tout le marché », dit-il, sans jamais hausser le ton.
Des fonds européens ont déjà tenté de racheter ATP Lab, séduits par ses marges et sa croissance. Mais Morin, fidèle à son style, refuse de céder à la tentation du coup rapide. Son horizon reste celui d’un bâtisseur : consolider ses positions, renforcer la production, développer de nouveaux produits.
Son parcours en dit long. Au football, rappelle-t-il, si un seul joueur flanche, c’est toute l’équipe qui est affectée. En affaires, il applique la même règle : pas de compromis sur la discipline. Dans un marché appelé à doubler de taille en une décennie, cette constance pourrait bien être sa meilleure arme.
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